C'est quoi ici ?

La plupart des écrivains font leurs livres chiants pour faire croire qu'ils sont longs disait Frédéric Dard.
Mais alors les écrivains qui font des livres longs, ils les font pas chiants pour qu'on les trouve courts ? Et les livres courts qui ne sont pas chiants, ça s'explique comment...
Et la poulette dans tout ça, elle est bien cachée ?
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27 juil. 2017 Petites écritures

Chapitre 1 - quatrième partie

Commencer par la première partie ou lire la partie précédente

Le souffle coupée par la violence de la prise, Élisa fut incapable de réagir. Le bras qui l’enserrait lui broyait les côtes avec une force impressionnante et elle ne réussit qu’à glapir des mots incompréhensibles en s’agitant de manière ridicule. Ses tentatives de résistances ne gênèrent d’ailleurs pas du tout son porteur qui la ramena en à peine quelques pas jusqu’au pied du pont sans prendre la peine d’éviter les déchets éparpillés au sol. À l’entrée du tunnel, il contourna le groupe de dormeurs sans leur prêter attention et plaqua Élisa contre le mur, une main vissée sur sa gorge, l’autre immobilisant ses poignets. Il la regarda droit dans les yeux et lui cracha au visage. En réponse elle hurla aussi fort qu’elle put, recrachant au passage la salive qui lui coulait dans la bouche. La main sur sa gorge se resserra immédiatement et l’étrangla sans lui laisser une chance de pouvoir se débattre. Le garçon la lâcha au bout de quelques secondes pendant lesquelles elle crut qu’il allait la tuer sur place, et elle tomba à quatre pattes, toussant et crachant en essayant de reprendre son souffle. Quand elle rouvrit les yeux, une paire de baskets remplissait son champ de vision, et elle n’osa pas lever la tête ni bouger de peur de se retrouver à nouveau nez-à-nez avec leur propriétaire.

Elle était terrifiée et étrangement consciente, ce qui ne faisait que renforcer sa panique et ne lui laissait aucune capacité de réflexion. La paire de pieds décida en plus de se lasser de son immobilité et le droit qui vint se placer entre ses seins pour la presser contre le mur ne l’aida pas à reprendre ses esprits. Ses poumons étaient compressés, son diaphragme bloqué, elle étouffait à nouveau. En essayant de frapper et repousser désespérément la jambe, elle leva la tête et constata que le reste de la bande de campeurs s’était levé et approché, soit pour profiter du spectacle, soit carrément pour y participer. À son grand étonnement, le premier garçon qui s’était avancé bouscula celui qui la tenait prisonnière et s’adressa à lui dans un argot obscur, sorte de mélange de français et diverses langues probablement africaines ou arabes. De sa tirade, Élisa ne déchiffra que quelques mots épars dont un seul l’intéressa : Rahmi, le nom de son agresseur. Ensuite, l’échange entre les six garçons sembla dégénérer et Élisa, délaissée contre son mur ne comprenait rien et n’essayait même pas de prêter attention à ce semblant de négociation. Elle mit un temps infini à réaliser que plus personne ne la tenait ni ne la surveillait et que sa seule chance de fuite était peut-être en train de lui échapper tant elle restait apathique. En tournant la tête vers le groupe qui paraissait divisé sur un sujet qu’elle soupçonna n’être autre qu’elle-même, Élisa constata que le ton était sérieusement monté et que les deux garçons en désaccord étaient à deux doigts de se taper dessus.

Il lui fallut de longues secondes pour se décider à bouger, mais elle réussit à s’arracher de sa léthargie pour commencer à se déplacer le plus discrètement possible vers l’entrée du tunnel. Les pavés lui arrachaient les genoux à chaque glissement, mais elle continua sa progression en essayant d’accélérer le mouvement un peu plus à chaque pas. Tout en se forçant à garder une oreille sur la conversation qui, à son grand désespoir, n’avait pas encore dégénérée en vraie bagarre, elle se tenait prête à détaler aussi vite que possible à la moindre accalmie. Ses mains glissaient au sol en même temps que ses genoux, dans l’attente du signal pour lancer la poussée qui lui permettrait de s’élancer vers le bout du tunnel et les escaliers. Son déplacement lui faisait du bien, lui permettait de reprendre ses esprits, de réfléchir et de réagir. Elle essayait de concentrer ses pensées sur cette fuite mais était incapable de ne pas également se maudire d’avoir eu l’idée de donner une chance à un de ces foutus jeunes de banlieue. Elle savait maintenant avec certitude que tous n’étaient que des cinglés, assassins et violeurs en puissance, prêts à profiter de la plus infime marque de faiblesse ou de bienveillance — ce qui ne devait arriver que quand ils avaient la chance de rencontrer une idiote naïve dans son genre. Mais elle les haïssait autant qu’elle se haïssait elle-même, et pour alourdir encore son supplice, elle s’incitait à imaginer avec horreur ce qui lui arriverait si sa fuite ne se passait pas comme prévu. Ses dents étaient serrés à lui faire mal, ses yeux remplis de larmes de peur, de haine, de dégoût d’elle-même pendant qu’elle se voyait glisser au lieu de partir en courant, tomber dans le virage à la sortie du tunnel ou être rattrapée au moment même où elle atteignait la dernière marche des escaliers.

Alors qu’elle en était arrivé à visualiser les scénarios les plus douloureux, et même les plus morbides, la dispute cessa sans prévenir sur une dernière insulte lancée avec une hargne féroce par Rahmi. Élisa leva la tête et vit l’un des garçons tourner le dos au groupe pour s’en aller, abandonnant la partie et l’abandonnant elle par la même occasion. Elle s’élança alors de toutes ses forces vers le bout du tunnel et courut, courut aussi vite qu’elle put en s’interdisant de penser à tous les ratages qu’elle venait d’imaginer. Au même moment, Rahmi se retournait et la voyait jaillir comme une furie. Il s’élança à son tour pour la rattraper, hurlant en même temps au quatre autres de ne pas la laisser s’envoler. De tous, il fut le plus rapide et ne laissa pas le temps aux appréhensions d’Élisa de se réaliser. Il la rattrapa avant même qu’elle ait pu atteindre la sortie du tunnel, et la ceintura à nouveau à la taille, lui coupant le souffle si brutalement cette fois qu’elle perdit connaissance.

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