C'est quoi ici ?

La plupart des écrivains font leurs livres chiants pour faire croire qu'ils sont longs disait Frédéric Dard.
Mais alors les écrivains qui font des livres longs, ils les font pas chiants pour qu'on les trouve courts ? Et les livres courts qui ne sont pas chiants, ça s'explique comment...
Et la poulette dans tout ça, elle est bien cachée ?
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Chapitre 1 - troisième partie bis

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À nouveau assaillie par sa déprime parisienne, Élisa se dirigea amèrement vers le bout du tunnel. En jetant un œil vers la sortie, elle ne trouva même pas étrange de voir des gens dormir par terre, ce qui ne fit que la déprimer encore plus. Son habitude de la misère, la crasse et la puanteur l’écœurait, mais elle avait compris très vite qu’elle ne pouvait pas se scandaliser devant chaque sans abris qu’elle croisait, chaque homme qui pissait au coin d’une rue, ou chaque passant qui se débarrassait de son emballage de kebab sur le trottoir — de préférence à deux pas d’une poubelle. Elle n’en avait pas le temps. Sans ciller, elle continua donc son chemin avec l’intention d’enjamber cette bande de crève-la-faim condamnés à dormir sous des ponts dans une ville qui prétendait être la plus belle du monde. Son pessimisme était de toute évidence arrivé à son comble.

Pourtant, il monta encore d’un cran quand elle arriva au niveau des dormeurs et constata qu’il ne s’agissait pas des sans abris habituels, mais d’une bande d’ados qui, si elle en croyait leur style, leurs vêtements et leurs coupes de cheveux, sortaient tout droit des banlieues qui faisaient régulièrement l’actualité. Les canettes de bières et les bouteilles de vodka étalées autour de leur campement improvisé en disait long sur leurs activités nocturnes et témoignaient du désastre de leur soirée dans ce quartier bien trop snob pour eux. Malgré un élan de pitié, Élisarépugnait à traverser le parcours du combattant constitué de canettes vides, mégots en tout genre, et autres déchets peu appétissants qu’ils avaient éparpillés. Avec précaution, elle se lança quand même en avançant à petits pas. Plus elle progressait dans ce cimetière de canettes, plus elle regrettait d’avoir loupé les premiers escaliers. Et plus elle regrettait, moins elle se concentrait. Sans surprise, elle finit par shooter dans une des canettes qui en emporta quelques autres, fit tomber une bouteille au passage, et roula jusqu’à un poteau trois mètre plus loin. Dans le silence, le tout sonna comme un vacarme atroce aux oreilles d’Élisa qui se retourna un peu inquiète vers les dormeurs. En réalité, ils ne semblaient pas vraiment menaçants, mais elle ne réussissait pas à refouler la peur désormais instinctive que lui inspirait cette catégorie de personnes.

Elle continua donc son chemin sans trop faire attention aux quelques obstacles dispersés ça et là entre elle et les escaliers. Quelques canettes roulèrent encore, mais elle préférait quitter très vite cet endroit qui lui paraissait plus inquiétant maintenant que son cerveau paranoïaque avait commencé à imaginer le réveil de ces campeurs douteux. Une fois sortie de la zone minée, l’odeur de bière rance s’estompa et Élisa, qui s’était mise en apnée sans s’en rendre compte, reprit avec soulagement une respiration normale. Au même moment, sa vague de panique étant retombée aussi vite qu’elle était venue, elle ne put résister au désir de se retourner une dernière fois pour garder en mémoire l’image de ce qu’elle venait de traverser. Mais l’image avait changé. Près du groupe endormi, un des garçon qui avait dû être réveillé par son passage s’étirait en la regardant avancer. Quand il la vit se retourner, il l’aborda immédiatement avec le classique « Hey mad’moizelle ! » auquel il était devenu impossible d’échapper à Paris. En général, face à tant de subtilité, Élisa accélérait le pas, les yeux rivés sur le sol gris qui devenait subitement passionnant. Mais ce matin, elle avait trop bu, avait eu pitié de cette bande de SDF d’un soir, et ce garçon qui se tenait là, à trois mètres d’elle avait l’air jeune et ne semblait pas agressif ni malveillant. Élisa voulut faire une sorte de bonne action, voulut se prouver qu’elle avait tort et que toutes leurs réputations avaient tort. Elle lui répondit alors un « Bonjour » un peu rauque mais à peu près compréhensible. Ce faisant, elle n’imagina pas une seule seconde que cette marque de politesse pouvait passer pour une agression. Pourtant, le garçon s’approcha avec un air menaçant, totalement discrédité par sa démarche ridicule, mais renforcé par le ton de son « Quoi bonjour ? » qui pouvait néanmoins passer pour comique tant il était exagéré.

Élisa qui était convaincue de s’être montrée polie et aimable choisir de croire à une blague face à cette caricature de jeune de banlieue et lâcha un rire un peu coincé. Se sentant à nouveau agressé, le jeune homme, qui était parfaitement sérieux, lui poussa l’épaule comme pour l’inviter à continuer ses provocations. Comme il pesait une centaine de kilos de muscles, elle dû faire trois pas en arrière avant de retrouver son équilibre. Oubliant complètement sa première réaction amusée et de toute évidence très déplacée, Élisa lui murmura un « Désolée »timide avant de se retourner pour aller prendre les escaliers et fuir cet endroit finalement très malsain. C’était sans compter sur l’agressivité matinale du jeune homme qui, la voyant lui tourner le dos, se mit à l’insulter sans répit en la suivant pas à pas. Élisa, en réponse, grimpa en trottinant les trois premières marches en angle et commença à s’engager aussi vite qu’elle le pouvait dans l’escalier droit qui rejoignait le quai. Incapable de garder le cap, elle trébucha sur la deuxième marche, se cogna au mur et commença à se redresser pour repartir. Dans son dos, le garçon fut bien plus rapide. Il l’attrapa par la taille et lui fit redescendre d’un bond toutes les marches qu’elle venait de monter laborieusement.

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